Troisième d’une fratrie de quatre enfants, Christian Ronceray grandit dans la simplicité d’une petite ferme du Sud de la Manche. Un monde rural traditionnel, viscéralement ancré dans la terre, le respect des animaux et la valeur sacrée du labeur. “On n’était pas riche mais pas malheureux”, se souvient-il avec tendresse. Pourtant, dans cette vie toute tracée, le jeune garçon fait figure de “Vilain petit canard, les pieds sur terre, la tête dans les étoiles”, un livre à la main, au milieu des champs.
C’est sans doute la raison pour laquelle le plaisir d’échanger avec cet homme à la sérénité lumineuse, offre une parenthèse hors du temps. On quitte spontanément le fracas du monde moderne pour entrer doucement dans une peinture du silence, du recueillement et de la méditation. Loin du bruit des circuits commerciaux et de la course effrénée à la notoriété, l’artiste trace son chemin en marge, habité par une quête spirituelle d’une infinie pureté.
Ma mère m’a dit un jour ”Toi, tu n’es pas né où il fallait”. Elle avait senti depuis toujours et sans jamais le dire, ma passion pour le dessin et la peinture…”. Toutefois, les écoles d’art restent inaccessibles. Alors son rêve, Christian va le vivre à travers la collection de timbres-poste de son frère aîné. Il y découvre avec émerveillement les chefs-d’œuvre des grands maîtres de la peinture. Le coup de foudre est irréversible.
Devenu instituteur, il choisira très vite de travailler à mi-temps pour préserver sa liberté sacrée : peindre, créer, mais sans jamais laisser les impératifs financiers altérer la sincérité de son geste.
“Je n’aurais jamais pu faire autre chose que ce que j’ai fait”. Pour notre artiste, une aventure à chaque fois. Autodidacte absolu, Christian commence son cheminement artistique en 1992. D’abord expressionniste et centré sur la déformation du corps humain, son travail opère un virage décisif à la fin des années 90. L’être humain disparaît peu à peu de ses compositions au profit d’une abstraction intemporelle, nourrie par un choc visuel lors d’un voyage en Grèce, face au Mont Athos. Pendant des années, il explore la matière brute, peint sur de vieux sacs de jute agricoles, sur des draps de lin familiaux, s’adonne à la pyrogravure… Pour trouver sa propre écriture, sa propre identité… “J’ai beaucoup détruit… des choses qui n’ont plus leur place et j’ai aussi beaucoup de dessins bien rangés. Dans l’art j’étais à la marge.”
Depuis quelques années, l’artiste a définitivement quitté la lourdeur des textures et la vivacité des couleurs. Dans son atelier, véritable refuge préservé des bruits de l’époque, il travaille désormais sur le revers brut des toiles. Avec une palette volontairement restreinte à l’extrême, il applique la peinture liquide à l’aide de simples morceaux de chiffons. Par tamponnages lents et répétés, il laisse émerger des formes évanescentes qui évoquent tour à tour des architectures sacrées, des ruines suspendues ou des horizons lointains. Et le regardeur se surprend à laisser aller son imaginaire dans ces grandes étendues.
Devant les œuvres de Christian Ronceray, l’image figurative n’a plus aucune importance : c’est une présence lumineuse qui s’impose au regard. Ses fluidités sombres, traversées de lueurs inattendues, agissent comme une invitation poétique à être soi-même le paysage, à plonger dans une contemplation intérieure où le temps semble enfin suspendu. Dans une économie de moyens absolue, Christian fouille l’apparence pour n’en retenir que le pur mystère, nous offrant une peinture qui appelle au calme, au recueillement. Une peinture d’une élégance rare, profondément humaine et vibrante d’éternité.
“La vie est un voyage spirituel. Il y a autre chose au-dessus de nous… Il ne peut pas ne rien y avoir.” affirme Christian. Pour lui, l’essentiel n’est pas visible, il se ressent au plus profond de soi. C’est toute la force de cette peinture qui nous immerge pendant quelques instants dans l’infini du monde.
En Une : Christian Ronceray lors d’une exposition Art en Perche