Il est des lieux où le temps semble suspendre son vol, où la lumière du Lot-et-Garonne ne se contente pas d’éclairer le paysage, mais le sublime. À quelques encablures de Marmande, le Domaine de Souliès abrite un secret bien gardé : la galerie Égrégore. Plus qu’une simple halte artistique, c’est une véritable respiration.
La magie opère dès l’arrivée. Une ancienne étable, réhabilitée avec justesse pour accueillir la création contemporaine. Point d’artifice, mais une authenticité brute. La nature environnante est une invitation à la déambulation et au détour d’un chêne ou sous la protection de pins tricentenaires, des sculptures surgissent. Derrière ces murs, la passion viscérale de Jean et Catherine Guérard.

Cet été 2026, c’est au critique d’art Christian Noorbergen qu’ils ont demandé d’orchestrer une rencontre rare. Non pas une exposition de plus, mais une “réunion de famille” entre les galeristes, les artistes et les visiteurs. Et là une alchimie se crée. On vient chercher l' »Égrégore », cette mystérieuse union des esprits, loin des “outrances fabriquées de l’hyper modernité” comme l’écrit Noorbergen.
Les talents réunis traversent le temps, chacun inventant sa propre langue. Nous flânons et reflânons inlassablement à la rencontre de toute cette création inimaginable.

Avec Berg, on entre dans un monde crépusculaire. Sa peinture absorbe les contours, nous plongeant dans une « genèse enchantée » où flottent des visages d’une humanité absolue. Jephan de Villiers est le gardien des sous-bois. Ses créatures archaïques, façonnées avec les écorces et les mains de la terre, semblent veiller sur nous, nous ramenant à une langue oubliée par les hommes. Entre noir et blanc, l’art de Maurice Douard est celui du secret et de la compassion. Ses architectures habitées, en pleine tension mentale, nous offrent une prodigieuse hauteur de vue sur la condition humaine. Chez Isabelle Floch règne le mystère. Sur fond nocturne, des silhouettes apparaissent, fragiles et théâtrales. Ses peintures sont des miroirs de l’intime, explorant avec audace la complexité des âmes. « L’eau est le plancher des humains », nous dit Christian Kervoalen. Dans ses “espaces inhabités” le spectateur devient un errant, hypnotisé par une lumière implacable. Michel Kirch « jardinier d’âme » capture l’extase des corps devant l’immensité. Ses photographies, entre pierres anciennes et déserts, sont des invitations à l’ascèse et à la contemplation pure.
A noter également la présence de la céramiste Faezeh Afchary-Kord. Comme l’écrit Chantal Vérin dans l’article Quand la poésie rencontre la céramique « De beaux objets d’art, aériens et translucides, sortent de ses mains et de son imagination. »
Nous ne pouvons pas conclure cet article sans une pensée pour l’artiste atypique Rémi Trotereau qui vient de nous quitter. Les sculptures de cet ami intime de Jean Guérard vous accueillent à la galerie où elles ont trouvé un écrin unique et ses peintures vous bouleversent par leur beauté innommable.

Partir de la galerie Égrégore, c’est quitter un havre pour retrouver le monde avec un regard changé. On y vient pour la beauté du lieu, mais surtout pour ce sentiment précieux d’appartenir, le temps d’un après-midi, à cette grande famille d’amoureux de l’art.
Si vous passez par là, ne vous contentez pas d’entrer mais attardez-vous. Comme il est possible d’acquérir toutes les oeuvres présentées, vous repartirez peut-être avec un coup de coeur. Ainsi vous prolongerez votre plaisir, car ici, l’art ne se regarde pas uniquement, il se vit.
Jusqu’au 3 octobre 2026
Galerie Egrégore
En Une : Le domaine – ©Photo Chantal Vérin