Le Château de Vascœuil, beau Centre d’Art et d’Histoire au cœur de la Normandie, organise une majestueuse exposition de Pierre-Yves Trémois (1921-2020), grand maître en peinture, en dessin, et également sculpteur.
D’emblée, Pierre-Yve Trémois s’adonne à la gravure, dont il devient l’un des maîtres incontestés. Première eau-forte à 21 ans. Dunoyer de Segonzac, qui deviendra son ami, sera son premier collectionneur. A partir de 1944, il se consacre au burin et à l’eau-forte pour un ensemble estimé à plus de mille gravures ! La peinture suivra, et même la sculpture, en bronze poli et bronze patiné, souvent centrée sur le monde animal, qui fascine l’artiste.

Le jeune et précoce artiste illustre son premier livre en 1945, avec “La Grande Meute“ de Paul Vialar. D’autres suivront, qui font de lui l’un des grands illustrateurs de son temps, de Paul Claudel à Michel Tournier. Art majeur au service de la littérature. Il est élu à l’Académie des Beaux-Arts le 8 février 1978.
Sa ligne tendue est son territoire d’art et sa véritable image de marque. Pierre-André Touttain, dans le fameux Dictionnaire Bénézit, résume ainsi l’œuvre entière du maître : « Attiré par le corps humain, les visages, le monde animal (singes, insectes, escargots et crapauds) et l’univers scientifique contemporain, Trémois propose, à partir de ces thèmes, des variations et des méditations sur les étreintes amoureuses, l’homme confronté avec son double intérieur : le singe, ou les relations retrouvées macrocosme-microcosme. »

Pierre-Yves Trémois voyage beaucoup, en Grèce, en Afrique et en Asie. Le Japon, où il est révéré, devient quasiment son pays d’adoption. Il y expose souvent, au point d’y avoir une belle rétrospective en 1982. En octobre 2019, aux Cordeliers, à Paris, une somptueuse rétrospective a eu lieu, en sa présence, à 98 ans.
Le dessin, source de l’œuvre tout entière, naît d’abord d’un trait pur, souple, impérieux, décisif et souverain. L’étendue est réduite à l’essentiel, et l’espace respire incroyablement, laissant toute la place au tracé corporel, animal ou humain, ou animal humanisé, double archaïque de la créature humaine. Une froide clarté, dure et solaire, un rien écrasante, apporte une âpre lumière sur les transgressions charnelles qui secouent chacune de ses œuvres.

L’Eros de Pierre-Yves Trémois est solaire, d’apparence mythologique et d’allure fantastique. L’animal, souvent étrangement présent repousse les limites des forces imaginantes, dit l’implacable énergie des pulsions, et creuse d’intimes relations avec les origines obscures de la vie.
Jusqu’au 4 octobre 2026
Château de Vascœuil (27)
En Une : Hommage à Dürer – 1993 – Technique mixte sur toile – 162×130 cm