Le fil rouge de Brigitte Dravet…
Le travail de Brigitte se déploie sur deux versants qui se répondent : la peinture et la sculpture. En peinture, elle construit des surfaces stratifiées à la main, acrylique, enduit, pigments minéraux, feuille d’or, effets de rouille et craquelures où la lumière ne fait pas que passer : elle habite. Une même œuvre change entre le matin, l’après-midi et la lampe du soir ; elle vit. Le triptyque vertical est devenu son format signature, hérité d’un geste ancien : elle peignait autrefois de grands décors de spectacle qu’elle découpait pour les transporter. En sculpture, elle travaille par récupération : mannequins de vitrine, lustres anciens, matières oubliées qu’elle démonte, patine, dore et réassemble. Ce n’est pas du recyclage, c’est une seconde vie donnée à ce qu’on avait mis au rebut. Peinture et sculpture partagent la même colonne : une esthétique du wabi-sabi contemporain, où l’imperfection, la patine et le silence remplacent le spectaculaire.
Son fil rouge, c’est le wabi-sabi, cette esthétique japonaise qui célèbre l’imparfait, l’usé, ce que le temps a caressé plus qu’abîmé. Ce qu’elle cherche à faire apparaître, c’est cette beauté qu’on trouve dans un mur qui s’écaille, dans un métal qui rouille, dans une feuille d’or qui se fend. Rien ne l’inspire davantage que la lumière méditerranéenne sur les vieilles pierres, les ports, les surfaces oxydées. Brigitte vit à Toulon, face à la mer, et cette lumière est son premier atelier. Depuis peu, elle gratte ses propres toiles pour faire remonter les couches enfouies : c’est sa nouvelle série, « Ce que la matière garde (Palimpsestes) », où ce qui était caché devient visible, où l’histoire de la toile devient sa signature. C’est peut-être ça, au fond, sa source la plus profonde : l’idée que rien ne s’efface vraiment, que tout ce qu’on a peint, vécu, superposé reste quelque part sous la surface, prêt à réapparaître si on sait où chercher.
En quelques mots, son premier choc artistique…
Frida Kahlo. Pas pour sa façon de peindre, pour sa résilience. Cette femme a fait de sa douleur un territoire, de son corps blessé un langage, et de chaque épreuve un tableau. Ce n’est pas la peintre qui l’a marquée, c’est la survivante : celle qui a compris que créer pouvait être une façon de tenir debout. Elle a montré que la fragilité n’empêche pas la force, qu’au contraire, elle peut en devenir la source. C’est ce fil-là que Brigitte essaie de tirer dans son propre travail : transformer ce que la vie dépose en nous, les couches, les fissures, les patines, en quelque chose de vivant.
Le portrait chinois de Brigitte Dravet
Si vous étiez une oeuvre, vous seriez : Une céramique kintsugi, porcelaine japonaise brisée puis réparée à la feuille d’or, où les fêlures deviennent le plus beau de l’objet.
Si vous étiez une couleur, vous seriez : Bleu.
Si vous étiez un pays, vous seriez : L’inde et plus largement l’Asie.
Si vous étiez un livre ou une musique, vous seriez : L’Éloge de l’ombre, de Junichiro Tanizaki.
En permanence
- Galerie Art72 – Singapour
- Galerie Carré d’Artistes – La Haye – Pays-Bas
- Miami – États-Unis : 11 œuvres acquises par le Plaza on Brickell et installées de manière permanente dans le hall de l’immeuble
« Je peins ce que le temps rend beau : les surfaces vécues, les ors qui se fendent, les couches qui remontent à la lumière. Rien n’est effacé, tout est gardé. Ce qui était caché devient signature. »