« Quand les artistes font vibrer les pierres »
Raconter l’histoire du château de la Roche-Guyon, c’est raconter près de mille ans d’architecture, de paysage et de vie. Située au cœur du parc du Vexin, l’ancienne forteresse moyenâgeuse, bâtie à la demande de Philippe-Auguste et devenue propriété de la famille de La Rochefoucault, s’est métamorphosée au fil des siècles. D’abord les premiers habitats troglodytiques jusqu’aux salons d’apparat de la duchesse d’Enville, femme de culture au siècle des Lumières. Ensuite des écuries du XVIIIème siècle jusqu’aux casemates aménagées par la Wehrmacht. Le Donjon s’enracine dans la falaise de craie et se relie au château par un escalier secret creusé dans la roche. Un théâtre en attente de réhabilitation se cache dans les sous-sols. Le château, magnifique fleuron patrimonial, est un lieu inspirant pour de nombreux artistes. On pense aux « Vues de ruines » d’Hubert Robert, à la représentation déstructurée du donjon de Georges Braque en 1909, et plus récemment à la série des « Vierges » sculptées et exposées à la Roche-Guyon par Christian Broutin, artiste pluriel, dont l’une des sculptures s’inspire directement de la double-enceinte du Donjon.
Depuis 2025, à l’initiative du directeur Emmanuel Morin, des artistes en résidence sont invité-e-s à s’approprier l’histoire du château et de ses habitants pour créer in situ des œuvres et des installations inédites. Dans l’escalier d’honneur « Boutures minérales », créationdes designers Baptiste Sévin et Jaïna Ennequin, en coproduction avec le Centre d’art verrier de Meisenthal, ouvre un dialogue merveilleux entre forme, texture et lumière. Tel un organisme vivant, les délicates sculptures en céramique et verre soufflé, dérivées du monde végétal, s’accordent au décor minéral de l’escalier.
DeCamille Chastang, Menus plaisirs et Femmage !, s’invitent joyeusement dans les salons XVIIIème en célébration de la devise « C’est mon plaisir », inscrite sur une poutre. Échos, création sonore, résonne dans la bibliothèque. Yoshikazu Goulven, avec Mirabilis, accumule dans une sorte de cabinet de curiosités des œuvres insolites, nées d’une imagination fertile et d’un art de la récupération de matériaux modestes.
D’une bienvenue fraîcheur et creusée dans la roche, l’Orangerie accueille Fauna Fabulosa du même artiste fantasque. Ses sculptures de taille imposante, Le Dragon bienveillant, Le Cochon de Fortune, et l’Écureuil de Louvois perché sur l’Arbre d’Or, sont une réplique drolatique aux figures animalières surreprésentées dans le mobilier, les tapisseries des appartements aristocratiques et les blasons.
Pour agrémenter la superbe visite, Mathilde Arnaud a conçu un dépliant instructif et ludique pour le jeune public.
Jusqu’au 1 novembre 2026
La Roche-Guyon (95)
En Une : Atelier Baptiste et Jaïna – Boutures minérales – ©Château de La Roche-Guyon