« La Mélodie du bonheur »
Aux Franciscaines de Deauville, beau lieu patrimonial qui a pris corps dans l’ancien couvent des religieuses, dont il a pris le nom, la culture se décline sous de multiples formes, expositions, spectacles, concerts. Pour la programmation estivale, Christian Briend, spécialiste des avant-gardes du début du XXème siècle, et tout particulièrement de Raoul Dufy, propose une nouvelle exposition à ce grand classique du XXème siècle, lequel a su couler sa pratique artistique dans les styles successifs de son époque. Sous-titrée « La Mélodie du bonheur », cette exposition revêt un caractère original, car constitué en majeure partie de peintures, d’œuvres sur papier et d’art décoratif que Dufy avait gardés par devers lui jusqu’à la fin de sa vie. Ce fonds d’atelier, légué par sa veuve à l’État français en 1963 et géré par le Centre Pompidou, comprend donc des pièces inédites auxquelles l’artiste était particulièrement attaché.

Né en bord de mer au Havre en 1877, Raoul Dufy aurait pu être marin ou musicien, l’amour de la musique lui ayant été transmis par son père comptable, mais aussi organiste à ses heures. « La Mélodie du Bonheur » et le tableau Le violon rouge font allusion à la recherche permanente de correspondance entre musique et peinture.
Déclinée en 10 chapitres, l’exposition débute par trois autoportraits qui montrent l’artiste à différents moments de sa carrière, avant de tracer une large rétrospective chronologique et thématique. De la première série consacrée à la plage de Sainte-Adresse, qui se réclame de la peinture de « plein air », à la manière d’Eugène Boudin, inlassable peintre des plages normandes, jusqu’à la série des Cargos noirs aux larges aplats assombris. Leur émouvante dimension conclut un itinéraire pictural subtilement chromatique.
Pendant des années Dufy se partage entre Paris, la Normandie et Martigues. En 1905, il expose au Salon des Indépendants, où il découvre le tableau d’Henri Matisse Luxe, Calme et Volupté, constitué d’une mosaïque de couleurs vives. Véritable révélation de ce que le fauvisme offre en termes de dépassement, d’ouverture à l’invention, et de liberté à l’initiative individuelle. La Plage de Saint-Gervais à Falaise, La Rue pavoisée au Havre avec le motif du drapeau bleu-blanc-rouge, marquent l’éloignement définitif de toute représentation réaliste du motif, sans pour autant adopter quelque outrance chromatique.
Le portrait de sa compagne, Émilienne Brisson, représentée sous les traits d’une anonyme Dame en rose, se ressent de l’influence conjuguée de Paul Gauguin et de Vincent Van Gogh. Ce portrait précède La Mosquée rouge à Munich aux accents expressionnistes. La spectaculaire peinture des Baigneuses (270 /180 cm), au format majestueux, offre aussi un style quasi-expressionniste.
Suit une saison cubiste aux côtés de Georges Braque engagé, lui, aux côtés de Picasso. Dans Les Bateaux à quai dans le port de Marseille, utilisant une palette simplifiée, Dufy s’emploie à une géométrisation de l’espace, sans toutefois aller jusqu’à la déstructuration complète de la forme. Il restera ainsi toujours fidèle au modèle.
L’exposition fait un incontournable détour par les champs de course de Deauville, la section “Regard Voyageur“ nous entraîne vers la Sicile. Les bois gravés des trente planches destinées à illustrer le premier livre d’Apollinaire, Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée, complètent harmonieusement la riche production d’un artiste qui aura embrassé différents champs d’activités, tout en clamant sa foi dans le développement continu du progrès. Ce dont témoigne l’immense fresque de La Fée électricité du Musée d’art moderne.
Jusqu’au 21 septembre 2026
Les Franciscaines – Deauville (14)
En Une : Baigneuses – Collection Centre Pompidou, Pais. – Don de Mme Dufy en 1954