« Récits de forêts »
Le domaine départemental de Chamarande accueille l’artiste Lélia Demoisy pour une exposition personnelle dans l’Orangerie, le Pavillon du Belvédère et le parc. « Récits de forêts« s’inscrit dans le cadre de la thématique retenue pour la Saison culturelle 2025/26, « De l’Ordinaire à l’inconnu ». Les trois artistes successivement invitées, Nadia Myre, Lucia Peluffo et Lelia Demoisy ont chacune fait des propositions artistiques, invitant à se laisser surprendre en réinventant notre perception du vivant.
Lélia Demoisy garde en mémoire les arbres de la propriété familiale disparus dans le tissu urbain. Face à cet acte révoltant, l’artiste collecte pollens et cônes et sème des graines récoltées. Elle ramasse toute sorte de matériaux bruts, bois, fibres, écorces, fragments organiques trouvés çà et là aux quatre coins du monde, et crée des volumes aux identités multiples : des formes en mutation, ni objets ni corps, dans ce que l’artiste nomme « la zone trouble entre ce qui vit et ce qui persiste ». La forêt est un organisme traversé par le temps, les altérations naturelles ou causées par la main humaine, et toujours en attente d’une possible régénération. Les bois ramassés et assemblés deviennent des sculptures, qui portent la trace d’une histoire vécue. L’artiste cherche la voie de la sensation et de la métaphore concrète pour éprouver ce que le langage peine parfois à dire : le bois devient chair, une cicatrice d’arbre rappelle une peau meurtrie, et l’écorce se ressent du passage d’animaux.
L’exposition invite au respect, à l’observation, à l’écoute, à l’émerveillement quand cette forêt est préservée, et à l’indignation quand elle est exploitée de manière inconsidérée. Les amoncellements de bois calciné et les fûts tronqués dépourvus de feuillage sont les stigmates de quelque incendie destructeur, mais l’artiste n’y voit pas une fin définitive, plutôt un état du cycle vers une possible régénération.
« Les œuvres donnent à rêver une forêt qui se relèverait de ses cendres si on lui en laisse la possibilité », résume l’artiste. Pour nombre d’artistes, l’arbre, la forêt, les branchages, l’imbrication de la faune et de la flore sont des thèmes inspirants, on pense aux fascinantes photos de Claude Mollard, aux branches d’épines en céramique de Frédérique Lucien, ou aux êtres-nature de Sabine de Courtilles, fluides et aériens.
Chez Lélia Demoisy, la dimension écologique latente évite le discours moralisateur. En offrant une survie aux branches abandonnées, l’artiste invite à regarder ce qui subsiste, ce qui se transforme, et ce qui peut repartir…
Jusqu’au 30 août 2026
Domaine de Chamarande (91)
En Une : Lélia Demoisy – ©Chantal Vérin