Les fabuleux navires de Yannis Markantonakis, artiste d’origine crétoise qui vit à Paris, occupent seuls l’étendue. Ils traversent l’espace, comme si l’intime et secrète vie des hommes traversait l’univers à l’insu de tout : à vif, en sidérante présence, et dans la nudité de l’essentiel, fût-elle brutale, aiguë et saisissante.

D’errance vitale, ces bateaux magiciens ne font que passer. Ce sont des demeures passantes qui ne s’arrêtent jamais, et qui ne s’arrêteront jamais, car elles ne peuvent s’arrêter… Lourds, puissants, impénétrables, ces navires renvoient l’humanité à son immense fragilité. Ils ne sont pas habités, sinon par le silence et l’absence. Ils font tressaillir le vide, et le rouge et le noir, qui fécondent les abysses, le néant et l’abîme, supportent à peine quelques traces de bleu profond, et la densité des surfaces peintes rejoint l’ascèse assumée de la chromatique. Dans la proximité d’une possible abstraction…

De graves et rares couleurs, essentialisées à l’extrême, ne distraient pas l’attention. Elles signent la toute-puissance du destin le plus grave qui signe son indifférence hautaine aux distractions du quotidien, aux fatigues de nos surfaces et au trop-plein de la modernité. Ce sont des miroirs d’absolue intériorité, dans le dénuement habité de la pure et dure solitude. Chez Yannis Markantonakis, l’art et l’effroi s’étreignent en majesté, et cette peinture désossée atteint de rares sommets, dépouillés et dénudés. Dans la lumière raréfiée des confins, quand l’impensable saisit l’âme…

Des sculptures métalliques, des armatures de bois, dans l’abandon de tout décor, disent encore l’abrupte présence de l’essentiel sculpté. La haute création de Yannis Markantonakis fait disparaître toutes les approches séductrices de l’art fabriqué. Ses peintures oxygènent l’obscur océan de nos profondeurs mentales.
Jusqu’au 6 juin 2026 – Galerie GNG
En Une : Scène portuaire rouge – 134×175 cm