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On en parle

Hommage à Serge Labégorre

Christian Noorbergen, le 27 avril 2026

Serge Labégorre, figure essentielle de l’expressionnisme contemporain en France, vient de disparaître, le 16 avril, après 75 ans d’absolue création. Ce prince en majesté inventive, artiste majeur de notre temps, avait 94 ans, né à Talence en 1932. Il avait épousé Rosy en 1958.

Jeune femme au chien – 2006 – Acrylique sur toile – 146×114 cm

L’obsession de la figure humaine était son territoire d’art privilégié. Dans la nuit habitée de son atelier, se détache la haute silhouette d’un visage frontal, ou d’un corps découpé à coups de sabre, et qui saigne au dedans. Pour lui, la beauté n’est que le commencement du terrible. Tout part du réel, celui qu’on ne maîtrise pas et qui fait l’essentiel de la vie et de la mort des hommes. Ses personnages, impressionnants et implacables, naissent de l’ombre et de la nuit. Ils l’entraînent au-delà de lui-même. Leur lourde solitude est le reflet de la vie actuelle. Mais une soif d’absolu les porte, et ils ont le désir déchirant d’habiter l’éternité.

Serge Labégorre nu assis à Seignosse – 2013 – Acrylique sur toile – 116×89 cm

La peinture, c’est le contact charnel d’un corps avec un corps. Il faut sentir vibrer son corps, et restituer ses sensations dans l’obsession de la peinture. Cette obsession est un bienfait pour l’artiste. Elle évacue la médiocrité et le désenchantement du quotidien. Elle crée de l’émotion. C’est une langue intérieure et secrète où des traces d’un vécu essentiel s’agitent et secouent l’âme.

Quand Serge Labégorre a commencé la peinture, l’abstraction triomphait… Mais cela ne lui suffisait pas du tout. Dans sa figuration, l’humanité tout entière est omniprésente. Ses faces peintes sont convulsives et chaotiques, cruelles et fatales, mais plus fières et plus vives que les ténèbres qui les font naître. Ce sont figures à hauteur d’univers, masques fabuleux du fragile clan humain, et leurs clartés charnelles éclairent la noirceur du vide.

Autoportrait – 2007 – Acrylique sur toile – 146×114 cm

Le dedans sombre du corps, arraché aux apparences, est un cri sans limite. Son atelier était un lieu de liberté, d’extase et de souffrance. Créer étant toujours pour lui une exploration acharnée et magique. Il travaillait tous les jours, 7 à 8 heures durant, laissant de nombreux tableaux dans l’inachèvement, en attente. Serge Labégorre sacrait tout ce qu’il peignait, mettant en charpie les dehors fatigués de la beauté, sacrifiant les illusions sommaires à chacune de ses créations. Chez lui, au cœur de son art, le rouge et le noir font la vie très haute dans les splendeurs tendues de sa grande peinture, quand l’art creuse à vif la fin des regards, et brûle en silence tous les masques de la mort. 

Dominique – 2003 – Acrylique sur toile – 40×40 cm

Il a beaucoup exposé à Paris chez Marie Vitoux. Sophie, la fille de Serge, a créé un beau Fonds Labégorre, à Seignosse (40510), où l’on peut voir les œuvres de son père et, ponctuellement, de très belles expositions.

« Il faut bien mourir d’être né. J’affronte », disait mon ami Serge Labégorre.

En Une – Serge Labégorre – 2014 – ©Stéphane Klein

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