Blessé d’avance par les surfaces, Nicolas Busset peint les travers du corps à travers tous les corps. L’ordinaire apparence n’est qu’un désastre institué et lent où s’accomplit le meurtre des profondeurs. Le corps ne fait obstacle à rien, pas même à l’impensable.
Nicolas Busset invente ses traces de vie. A chaque œuvre, essentiellement graphique, l’artiste au souffle léger comme un rêve, découvre la possibilité d’être et d’avoir un corps, quand la création délivre du mortifère poids lourd des identités fabriquées. Et la peau sécrète à vif ses profondeurs et ses transparences.
Le corps en failles accidente l’univers, et chaque dessin, stupéfiant de finesse et d’extrême sensibilité acculée, cisèle au scalpel le cruel miracle de l’impensable. Le corps est l’étau cruel et subtil qu’il faut affronter. Étendre ses limites jusqu’aux confins du possible pour le rendre enfin habitable. Finement ou crument sexué. Transparent comme une feuille de vie, mince feuille d’âme passante, allusive, dérisoire et venteuse. La précarité échappe aux mortelles scléroses de l’existence. L’être ténu est sans repos et sans lieu. Seule l’altérité fait issue. Seul l’espace d’art fait territoire. « Mon corps est un texte à trous. Mes images sont des lieux de passage où se produisent de fortuites rencontres. Le creuset d’intenses et chimiques réactions », écrit le jeune artiste à l’impressionnante maîtrise.
Écriture à hauts risques, sidérante et poignante, inventive et scabreuse. Elle ose affronter le vide. Et dans le présent discontinu de la création, elle navigue sur les profonds remous de l’affectivité enfouie. Nicolas Busset, un rien sacrilège, vagabonde dans les désordres corporels. Il installe et instaure d’autres élans, d’autres voies et d’autres naissances. Ses êtres aigus sont des fenêtres corporelles décalées, et de magiciennes promesses… Ses créations-créatures, en dé-monstration d’étrangeté sont les figures éphémères, inattendues et prodigieuses, d’un ailleurs toujours présent, et d’un réel en perdition heureuse, en fragile tendresse. Chromatique fluide, tonique, poétique et aventureuse. Ainsi la chair peut vivre, fût-ce au prix de ces effarements beaux et fragiles. Et l’art peut croître.
Jusqu’au 9 mai 2026
Galerie Le Trigram – Dijon (21)
En Une : Sainte Roseline – 2025-26 – Techniques mixtes – 43×63 cm