Au Quadrilatère, Centre d’Art de la ville de Beauvais, lieu incontournable du dialogue entre art contemporain et patrimoine, les artistes développent une offre artistique et culturelle singulière, en écho direct à l’identité du lieu. À travers de larges baies vitrées, le Quadrilatère, lumineuse construction moderniste, offre un point de vue unique sur la cathédrale Saint-Pierre, tandis que, dans les sous-sols du bâtiment, les vestiges gallo-romains ont été désenfouis et mis en valeur. Ainsi les surfaces d’exposition investissent l’ensemble du lieu, et les propositions artistiques ont en commun de puiser dans différentes strates mémorielles. Un exercice particulièrement adapté dans un lieu, qui, dès sa conception, dans les années 1960, par l’architecte André Hermant, fut conçu comme un espace porteur de mémoire et de transmission.
L’exposition « Enterrer le soleil » réunit quelque 60 œuvres d’hier et d’aujourd’hui, dont certaines créées in situ. Décliné en trois chapitres à travers des territoires pluriels et une diversité de médiums, le parcours propose une immersion sensible dans les mondes souterrains et les imaginaires qu’ils suscitent. Dans l’entrée, la présence du scarabée sacré, tel un soleil miniature, symbole du cycle éternel d’enfouissement et de régénération dans l’Égypte ancienne, et une guirlande de vers luminescents, indiquent le chemin vers une installation immersive. L’artiste Darwin Darwah nous entraîne dans les angoissantes entrailles de la Terre, à la seule lueur d’un minuscule soleil.
Mais loin d’être le seul domaine des ombres, le monde souterrain est aussi lieu de vie et de création. L’architecte et artiste Gordon Matta-Clark, avec une petite caméra, filme ses incursions dans les sous-sols des villes et réalise de curieux photomontages agrémentés de commentaires historiques et psychanalytiques. Raphaël Dallaporta, par un subtil montage en 3D, fait apparaître la grotte Chauvet, dorénavant inaccessible.
Le Japonais Yasuaki Onishi nous ramène à la surface avec un « moulage du vide » créé à partir de matériaux pauvres, qui, paradoxalement, révèle la présence d’un volume absent.
En révélant un monde invisible et fascinant, en recréant par l’imaginaire cavernes, grottes et mystérieux mondes souterrains, les artistes suscitent toutes sortes d’émotions et de réactions. L’image sacrale du scarabée qui pousse chaque matin le disque solaire hors des ténèbres, avant qu’il ne soit enterré à nouveau chaque soir, est omniprésente dans l’exposition. Une invitation à « ramener la lumière, la vie, l’émerveillement dans ces environnements obscurs qui effraient autant qu’ils fascinent », rappellent les commissaires Alexandre Estaquet-Legrand et Lucy Hofbauer.
Jusqu’au 30 août 2026
Le Quadrilatère – Centre d’Art – Beauvais (60)
En Une : Quatre humeurs, Bile noire – ©Raphael Dallaporta