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On en parle

Viviane Beaufumé – Peindre l’urgence de vivre !

Aralya, le 17 avril 2026

Pour Viviane Beaufumé, la peinture est un acte de survie, une renaissance entamée il y a maintenant une vingtaine d’années. On ne comprend pas l’explosion de ses rouges ou la profondeur de ses bleus si l’on ne perçoit pas la trajectoire d’une femme qui a dû lutter et apprendre à se reconstruire après que la maladie ai laissé ses traces indélébiles. 

L’appétence et la sensibilisation pour la création ont toujours gravité autour de Viviane. Originaire d’Anvers en Belgique, elle a grandi dans cette sensibilité artisanale où l’on fabrique le monde de ses propres doigts. Un père, peintre amateur à ses heures perdues, qui l’emmenait enfant admirer Breughel. Une mère dont les mains avaient le talent délicat de tricoter ou de coudre. Pourtant derrière la douceur de ces souvenirs se cache une histoire plus lourde et le poids immense d’une mémoire familiale marquée par la déportation de ses grands-parents paternels. : “Je suis issue d’un melting pot de nationalités aux croisés de différentes origines, faite de contradictions, force et douceur, énergie et silence.” Si ce passé n’est pas le sujet manifeste de son œuvre, cet héritage laisse sur la toile une trace, comme une résonance lointaine, une mémoire…

Atelier de Viviane – ©Viviane Beaufumé

Adolescente, le cœur de Viviane penchait vers le design d’objet, avant que la raison ne la guide vers des études littéraires. Un parcours d’enseignante, une installation en France. Quand la maladie est venue frapper à sa porte et faire basculer sa vie, c’est une rencontre dans l’atelier de l’artiste Olivier Wahl qui va tout changer. Viviane avec la douceur et la simplicité qui la caractérisent nous confie “Suite à ce cancer, le hasard m’a mené là où je devais être : un atelier de peinture.” 

Elle y est entrée avec un léger sentiment d’imposture, ce manque de légitimité lancinant de celle qui n’a pas les diplômes des Beaux-Arts. Mais c’est précisément ce « vide » académique qui est devenu sa plus grande force. En s’affranchissant des codes et des contraintes scolaires, elle a conquis une liberté farouche. De ses stages auprès de grands maîtres de l’abstraction : Bargoni, Casagrande, De Reimpré…, elle a appris à transformer ses doutes en audace, trouvant sa propre voix là où les sentiers battus s’arrêtent. “J’ai eu une chance extraordinaire de côtoyer ces artistes, ils m’ont appris à me révéler, à me libérer.”

Joyauté 29 – 80×80 cm

Dans ses premières créations, Viviane ne laissait aucune place au blanc. Il y avait une urgence de tout remplir, une accumulation presque viscérale sur la toile, comme pour conjurer le vide ou le temps qui presse. Aujourd’hui, notre artiste s’est libérée de toutes contraintes picturales. “Quand je peins, je rentre dans ma bulle, c’est un moment de grande liberté, où je peux tout oublier…”. Son geste se fait plus sûr, plus ample. Il y a comme une manière d’espérance dans cette peinture lumineuse faite de multiples inspirations. Et même si Viviane Beaufumé affirme ne pas travailler sur la mémoire, celle-ci est inévitablement présente : mémoire familiale, mémoire personnelle, mémoire émotionnelle. Comme dans ce tableau “il était une fois” où l’artiste nous confie j’ai fait un exercice de transmission avec des anciennes broderies de ma grand-mère intégrées dans ma peinture.”

Il était une fois – Broderie ancienne, acrylique sur toile contre-collée sur bois – 65×54 cm -Oeuvre commencée par sa grand-mère

Ses œuvres, telle que « Mais où va le monde ? », entamée en 2015, résonnent aujourd’hui avec une acuité troublante. Elles témoignent d’une artiste attentive au tumulte extérieur autant qu’à son propre voyage intérieur. Pour elle, chaque toile est un laboratoire d’expérimentations, un mélange de chaos contrôlé et de douceur, d’accumulation, pour donner du relief à l’existence.

“Mon plat pays avec comme uniques cathédrales des couleurs”. Ce bleu, cette touche d’orange, nous invite à nous projeter dans cette abstraction lyrique.

Une peinture de l’instant, qui nous rappelle que, malgré les vents contraires, la création est le plus beau manifeste pour rester vivant.

En Une : Viviane Beaufumé dans son atelier

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