Le travail de Monch fait souvent autant peur aux parents qu’il plaît aux enfants. Peut-être parce que ces derniers n’ont pas encore perdu l’habitude d’apprivoiser les monstres, alors que les adultes préfèrent penser que les monstres n’existent pas ou bien qu’il faut à tout prix les oublier ou les ignorer. Dans tous les cas, il s’agit d’un travail qui laisse rarement indifférent, qui va jouer sur des cordes sensibles, loin du confort qu’on éprouve face à une œuvre gentiment abstraite ou, pire, à une œuvre « jolie » ou « sympa ».

Ce qui frappe au premier coup d’œil, c’est l’imprécision, le flou de ce qui est représenté, à mille lieues de ce qu’on pourrait attendre d’une création photographique et de son mimétisme net présupposé. C’est parce que la photographie n’a pas pour fonction d’apporter des contours, mais de fournir de la matière, une matière humaine, une matière végétale, une matière minérale, une manière que la main de l’artiste va façonner à sa guise pour en faire émerger des formes aussi lisibles qu’inachevées. Profondément plasticienne, au point d’être parfois confondue avec de la peinture, de la gravure ou du dessin, cette photographie est celle de la transformation, tant dans son processus que dans son résultat. Une œuvre de Monch ressemble à un instantané fragile d’une scène en mouvement. Un mouvement lent, très lent, de décomposition ou de recomposition, comme un humus symbolisant à la fois la putréfaction de ce qui fut vivant et le terreau favorable à une fertilité qui va engendrer à nouveau la vie.

De manière significative, Monch ne cesse de faire des allers-retours entre les matières qu’il capte partout autour de lui et les portraits qu’il tire de ses modèles, partant tantôt de la nature pour aller vers l’humain dans un processus qu’on pourrait qualifier d’anthropomorphique, tantôt de l’humain pour retourner au végétal ou au minéral dans un mouvement d’entropie naturelle. Ce n’est pas un hasard si le titre de sa première monographie était : « Nature humaine », expression à double sens où l’on parle de l’homme autant que de la nature portant son empreinte.

L’humus charrie la même ambiguïté sémantique et le même glissement permanent entre les deux termes de l’équation, sans que l’on ne puisse jamais déterminer avec certitude dans quelle direction se fait la transformation, vers la vie ou vers la mort. C’est certainement cette indétermination qui déstabilise les parents, censés incarner la raison et la clarté, l’histoire et la loi, et qui résonne fort chez les enfants qui n’ont pas encore fini de construire leur identité et qui savent bien, qui sentent bien, que le monde n’est ni blanc ni noir, ni clair ni net, mais fait de cette grisaille mouvante où les lignes et les frontières sont souvent troubles et insaisissables.
Quatre œuvres de Monch sont actuellement exposées au salon Croissy Art Actuel, qui ont valu à leur auteur le Prix du Salon d’Automne et le Prix du conseiller départemental.
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