« Noirs émois »
« Du noir seul, je vois de la vie sortir » écrivait Henri Michaux. David Géry, qui expose à la Galerie Couteron, à Paris, pourrait faire sienne cette forte parole. En effet, la nuit agissante et vibrante est son fascinant territoire de création. Chez lui, la nuit universelle veille et s’éveille. Elle parle au monde. L’infinie sensibilité de l’artiste s’accommode à merveille de l’absence de couleurs, comme si la noirceur par lui sublimée pouvait enchâsser toute la chromatique du monde, et faire naître tous les possibles. Plus il creuse, plus il s’éloigne de l’image, et plus il envoûte l’espace peint, notre seule demeure habitable. Il envahit l’espace de la nuit pour éclairer sombrement l’étendue. Et ses rares lumières de nuit, en subtiles braises chaudes, incantent une création intemporelle et habitée.
Ici et là, de fines secousses de lumineuse blancheur signent un formidable potentiel de vie et de virtuelle réalité, comme si les origines du monde étaient latentes dans ce noir d’abîme, sensuel, tellurique et premier. Dans les voiles de l’œuvre, dans ses replis ombreux, on voit tension étirée, densité de métal, et présence évidente de sources convulsives, venues soudainement du fond des âges, là où s’étreignent les flammes veloutées de l’enfance, sous le scalpel sans poids d’une lumière de ténèbres. Les éléments s’unissent, œuvrant ainsi un espace symbolique d’air vivant infiniment ouvert. C’est le feu des naissances premières, où l’air se brûle, où se corrode toute surface, où se purifient tous les signes. En surgit une peinture quasi cosmique, par degrés, par niveaux de conscience, par émergences implacables sans cesse renouvelées.
La transparence, la nuit et la lumière s’étreignent dans le désir infini de posséder enfin le monde. Dans la pure liberté fascinée du regard.
Jusqu’au 5 avril 2026
Galerie Couteron – Paris 6ème
En Une : Champagne – 2024 – Huile sur bois – 120×120 cm