Comme une respiration de vérité, l’œuvre singulière et crue d’Edmond Barrial (1926-2012) exorcise le quotidien, la vie passante, l’incurable maladie et les inévitables fatigues de la modernité. Dirigé par Patrick Michel, le beau et riche Musée d’Art Brut de Montpellier, l’un des plus présents de France, l’expose enfin. Edmond Barrial, dit Momon, très récemment découvert, fait partie des créateurs les plus forcenés, les plus implacables et les plus percutants, tant ils représentent les forces vivantes et cachées de l’art de notre temps. Son œuvre entière percute en profondeur l’art des marges, qu’il soit brut ou singulier. Comme une turbulence violente, en effraction vitale, cet art des hauts fonds est venu perturber l’histoire de l’art, laquelle ne se découvre vraiment que par ses remous…
Féérie et magie s’étreignent sans fin dans ces figures animales et humaines qui peuplent de leur humanité une armée de joyeusetés crues et insolentes. Il allait lui-même choisir son matériau d’art privilégié, le bois. D’abord celui du châtaignier, dur et imputrescible, mais aussi celui d’arbres fruitiers, dont le poirier. On retrouve alors, toutes créées en bois de ses alentours, les impressionnantes identités premières d’une culture partagée, celles du mineur local (son terroir archaïque et vital), du paysan, du berger, du soldat, voire de l’haltérophile, tous accompagnés du bestiaire intemporel d’animaux fantasmés, du tigre à l’aigle, ou du rhinocéros au grand crocodile.
A noter que le petit crocodile, inoublié, existe aussi… Et Momon n’oublie pas les attelages devenus ludiques de la vie paysanne environnante. L’impact immédiat de ses sidérantes sculptures laisse cependant entrevoir, passé un premier regard souvent stupéfié par l’intensité de la présence créée, de fins détails qui, ici et là, oxygènent l’ensemble. Et l’art vit de ces braises chaudes !
Les personnages célèbres, réels ou imaginaires, d’Elvis Presley à Blanche Neige, signent une réelle vive ouverture au monde, malgré son humilité et sa discrétion proverbiale. Il a en effet vécu totalement refermé sur lui-même, au point que ses voisins ignoraient ce qu’il faisait dans le secret toujours protégé de son petit atelier. Il a d’ailleurs surtout créé à la fin de sa vie. Son œuvre entière a failli être brûlée après sa mort… Elle n’a été retrouvée que quelques années après sa disparition, presque par hasard, dans une petite exposition locale, grâce au regard acéré d’un couple de visiteurs lucides et admiratifs…
Jusqu’au 26 avril 2026
Musée d’Art Brut de Montpellier (34)
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