Au cœur de Belleville, l’espace Nothing Serious présente une exposition inédite consacrée à l’artiste ghanéen Paa Joe, figure originale de l’art contemporain connu pour ses sculptures-cercueils, les abebuu adekai. Depuis quelque 50 ans, Joseph Ashong, alias Paa Joe, crée des cercueils « sur mesure », tous personnalisés, et conçus en étroite collaboration avec les commanditaires. Ils représentent en général un objet vraiment caractéristique de la vie de la personne défunte, de la basket à la pirogue, voire à la Mercedes-Benz. Ils correspondent à des aspects de la vie quotidienne du défunt, évoquant la profession, le statut, l’histoire personnelle du défunt, son prestige, voire son aisance financière.
Entre art et artisanat, ces objets grands insolites sont propres à la tradition funéraire Ga. Très populaires auprès des communautés locales en Afrique de l’Ouest, ils figurent aussi dans les musées qui les exposent comme œuvres d’art dans des expositions internationales, notamment au Centre Pompidou, et intéressent les collectionneurs privés. Ainsi des objets rituels appartenant au monde de l’art populaire sont devenus de véritables objets « d’art africain ».
Plus qu’un produit fini, l’abebuu-adekai, littéralement « récipient à proverbes », est un cercueil-image qui enclenche une véritable narration visuelle. Le cercueil personnifie l’image la plus appropriée du défunt, et non le défunt lui-même, image-symbole qui ne doit surtout pas représenter un portrait visible en-dehors de la scène rituelle, telle une photo ou une peinture. Dans le contexte d’origine, l’abebuu est destiné à être enterré lors des funérailles.
Juliette Seydoux, artiste visuelle et illustratrice, fondatrice de Nothing Serious, a sollicité Paa Joe et son fils Jacob Tetteh-Ashong, qui travaille désormais avec lui, pour créer des abebuu adekai. Avec humour, ils mettent en dialogue cette tradition funéraire ghanéenne et les stéréotypes divers liés à Paris. Ils ont conçu in situ des objets familiers inspirés du quotidien parisien, des urnes en forme de tasse PSG, de pigeon urbain, de bouteille de vin, de machine à sous, de paquet de cigarettes, ou de sac à main. L’allusion à des marques prestigieuses n’est pas voilée, clin d’œil amusé (critique ?) au goût discutable pour des produits de luxe, ici et ailleurs.
On trouve au passage un bouledogue et un crocodile… Au total 25 œuvres inédites, dont trois propositions monumentales, un croissant géant, un réfrigérateur et une Renault 4… À la croisée de l’art contemporain, de l’artisanat et de la pop-culture, « From Paa Joe to Paaris » s’inscrit dans l’esprit libre de Nothing Serious, galerie attentive « aux pratiques transversales qui interrogent les usages, le formes et les récits ».
Jusqu’au 24 mai 2026
Galerie Nothing Serious – Paris 11ème
En Une : Paa Joe @ Nothing Serious