De formidables fulgurances créatrices illuminent les scénographies aventureuses de Margaux Salmi. Elle a depuis longtemps (Auberive, es-tu bien là ?) largué les amarres de l’obscène bon goût, des tendances du moment, des lois évolutives du marché, ou de la transgression orchestrée. Elle vit au bord infime de l’impensable, du hors-sens, et d’un infaisable qui serait quand même très bien fait. Un autoportrait innombrable parcourt ses très fortes peintures, habitées et chargées. Elle étreint tous les possibles, elle rapproche les lointains, elle immacule à vif l’inattendu, le saugrenu, la peau, le grotesque, l’ironie sauvage, l’incantation débridée, et cela jusqu’au sublime. Art intempestif, entre vie brève et folle santé.
Elle œuvre en rituel d’apparition, et l’inaccompli de l’art maintient intacte la charge hétérogène des puissances imaginantes. Chaque création est un télescopage arrêté, une sorte de miracle mental, à la lisibilité énigmatique et prodigieuse. Une déflagration arrêtée. D’où l’extraordinaire et succulente impression de passion vitale qui marque au fer ces œuvres maculées d’intime présence. Comme un talisman charnel infini riche d’incongruité secrète.
L’œuvre tout entière semble appareillée de loin aux images rassurantes qui font du bien aux regards assis. L’insidieux règne sans limite, et la sédition mentale, chez Margaux Salmi, est ravageuse du qu’en-dira-t-on culturel. Plusieurs temps et plusieurs espaces s’affrontent, et les effets d’art naissent de ces insidieuses batailles. Ils brûlent les éléments épars d’un charme âpre, subtilement pervers, comme un mortel parfum d’amour dévastant le labyrinthe.
L’art pluriel, hétérogène et foisonnant de Margaux Salmi, jeune artiste à l’étonnante maîtrise, est troublant, poignant et soignant. Chez elle, création et autocréation vont de pair, dans l’écriture sauvage d’une défiguration globale exacerbée. D’autant que chaque élément, intime ou grandiose, est parfaitement lisible, dans un magma de dessins déchiquetés, à la prolifération dure et anarchique. Une dramatique féerie envoûte l’étendue dans le fondu lancinant d’une chromatique rose/rouge. Et dans l’exaltation des corps.
A Paris, elle expose avec Martes Bathori, artiste puissant et formidable illustrateur qui développe l’un des univers les plus singuliers de la scène graphique. Les atrocités nazies d’avant-hier fusionnent leur univers intime avec une indicible volupté moqueuse et sacrificielle. “Le Château“, dur livre à deux voix.
Dans le prodigieux musée du grand Philippe Aïni, Margaux Salmi montre un ensemble pluriel envoûté et secouant.
Martes Bathori et Margaux Salmi – Jusqu’au 30 août 2025
Galerie Arts Factory – Paris 11ème
Margaux Salmi – Jusqu’au 5 octobre 2025
Maison Aïni – Coop’art – Serviès-en-Val (11)
En Une : Margaux Salmi et Martes Bathori – Couverture livre « le château »