LA 3EME HEURE

LA 3EME HEURE

GALERIE ORIES

Du 7 au 30 avril 2019

LYON 2ème

 

 

LA 3EME HEURE

La troisième heure : Eclaircissement sur le sacrifice

Lorsque le Christ, après le chemin du calvaire et le supplice au Golgotha, expira sur la croix, s’étant écrié que le Père l’avait abandonné, il y eu comme une éclipse totale de l’univers. Ces épisodes relatés par les Evangiles ouvrirent l’horizon qui, de la vanité apparente du sacrifice du sacrifié à la résurrection du Sauveur et à son assomption furent le levain d’une chrétienté qui façonna le monde à son image. La prédiction de la croix, pure folie pour ceux qui périssent, devint ainsi pour Saint-Paul, preuve de la puissance de Dieu pour ceux qui ont sauvés et gagnent le salut.

Mais ils tournèrent aussi la face profane des hommes et des artistes vers un imaginaire puissant qui marqua de son empreinte indélébile toute l’histoire de l’Art. Du plus haut Moyen-Age théophanique et primitif jusqu’à nos expressionnistes modernes et engagés.

Déjà, le retable de Mathias Grünewald édifié à Issenheim entre 1512 et 1516 par ce contemporain de Cranach, Holbein et Dürer concrétisa une volonté d’expression totale, une intensité dramatique et une part de fantastique qui tracèrent la voie de bien des peintres et des courants picturaux.

Cette exposition collective en perpétue ainsi la forme et l’intention. Au-delà de son aspect spectaculaire, elle tente avec succès d’établir une unité de propos au travers de la diversité et de l’éclectisme des oeuvres soumises à son regard.

Car c’est lorsqu’il y a, en nos coeurs vides des profondeurs intimes et surnaturelles d’où sortent d’inexprimables gémissements. C’est lorsque nous essayons de rire entre personnes bien élevées devant le spectacle d’un monde en perdition. C’est lorsque les métaphysiques deviennent impuissantes et que les messianismes prometteurs se relèguent aux oubliettes des Temps Ordinaires.

Et que l’avenir dure trop longtemps vouant les parousies à la caducité, que les peintres et les sculpteurs nous prennent à la fois aux tripes et à l’âme. Dans ce saisissement qui nous pousse à considérer, à l’instar de René Girard (la Violence et le Sacre) que le sacrifice, expression de la plus souffrance, est pur paradoxe puisqu’il a pour dessein la conjuration de la barbarie intrinsèque aux peuples divisés et aux civilisations mortelles. Dans une trilogie et un croisement des origines qui réuniraient Oedipe, Dionysos et Jésus-Christ dans une prescience de la symbolique universelle de la Croix.

Cette croix et ce mystère qui ressurgissent des profondeurs archétypales de notre inconscience collective et que les artistes brandissent derechef quant les grandes religions du Livre dépérissent laissant l’île de l’humanité à la dérive.

Et de tous les créateurs ici présents (les citer) invoquent à l’envi pour l’Homme, la Création et l’Animal, dans la plus grande fécondité des styles, des techniques, des matières et des propos. Associant la dureté implacable du métal à la légèreté de la gouache, le baroque torturé d’une statuaire héritée d’une goétie cathédralesque au hiératisme d’une facture qui fait écho au quattrocento.

Si Apollinaire nous disait que la pupille est « Christ de l’oeil », pourrions nous à notre tour dire que le regard des peintres et des sculpteurs est figuration d’un possible Christ, simple trace laissée au linceul et pure image de vérité, afin qu’au-delà de la souffrance et de la mort, nous puissions retrouver la fraternité des hommes.