BURTHOD-GARCON - THUILLIER

BURTHOD-GARCON - THUILLIER

GALERIE SEPIA

Du 11 avril au 14 juin 2014

VILLEFRANCHE DE ROUERGUE (12)

 

La galerie Sépia vous présente les toutes dernières créations de Gisèle Buthod-Garçon (sculpteur céramiste) : statues menhirs et stèles dont la lumière silencieuse s'impose toujours avec force et poésie, et les peintures et gravures récentes de Jean-Claude Thuillier qui atteignent « les limites extrêmes d’un minimalisme pictural ».

 

Gisèle BUTHOD-GARCON

 

Gisèle Buthod-Garçon est née en 1954. Elle travaille la technique du raku depuis 1982, avec une approche très personnelle. Elle a étudié les effets de métallisation et réalise ses pièces en combinant le tour, la plaque et le modelage. Son travail est en constante évolution.

Les pièces présentées dans le cadre de cette exposition ont été exposées fin 2013 au Musée de la Piscine de Roubaix. Ce sont des sculptures qui évoquent des statues menhirs. « Les séries Quiétude, Sereine, Silencieuse..., en disent long sur la courbe du changement amorcé (et à venir) de l'artiste. Les formes robustes, sur plans en arcs de cercle ou ovales, opèrent une lente ascension. Les parois vermiculées qui retiennent des traces d'émail foncé, s'estompent en rondeurs sommitales lissées, propices à un engobe blanc mat, doux et palpitant : une ascèse sans bavardage. [Les] Stèles forment des manteaux de cérémonie pour elfes : élégante verticalité qu'anime le haussement d'une épaule, une encolure creusée, et la sobriété des jeux des matières mates, foncées et claires. La peau est ce qu'il y a de plus profond écrivait Paul Valéry. On ne peut donner qu'une image diffuse de la profondeur, la surface nous entraîne vers elle, et la profondeur nous ramène inéluctablement à la surface. Il en est ainsi des œuvres de Gisèle Buthod-Garçon : les yeux balayent les formes en quête du point précis qui donnera sens à tout, en vain car c'est la continuité du regard qui annonce la complexité. », d'après Geneviève Becquart dans la Revue de la Céramique et du Verre n°193 de novembre – décembre 2013.

 

Jean-Claude THUILLIER

 

Jean-Claude Thuillier, pour un dialogue harmonieux.

 

Tableaux de gestes

C’est avec un raffinement certain que Jean Claude Thuillier aborde sa quatrième exposition à la galerie Sépia.

Comme pour les papillons de nuit qu’il attrape à l’aide d’immenses tulles de voiles de mariée posés à la nuit tombée devant une lanterne phosphorescente, il traque sur de grandes toiles blanches (114 x 146 cm, 130 x 162 cm) les nids en équilibre sur les cheminées près de la mer, les traces des grands échassiers des sables, ou celles des taureaux qui chargent dans les rues étroites.

La peinture acrylique sur papier Kraft marouflé sur toile qu’il préfère utiliser ici pour sa nervosité et réactivité lui permet de capter le moindre déplacement de l’air. La surface sensible s’inscrit parfois en léger retrait du support comme le tulle à papillon circonscrit un espace dans la nuit.

Les traces qui semblent s’imprimer d’elles-mêmes sur le support élaborent peu à peu un réseau de signes légers qui se déploie en un langage mystérieux. En les laissant se poser subrepticement, Jean Claude Thuillier transforme cette surface en un palimpseste d’une gestuelle animale peuplée de bruits, de cris et de sifflements.

La théâtralité y est abandonnée pour une texture évanescente de densité lumineuse, la composition décentrée au profit d’une succession de connotations tactiles posées au gré du hasard sur un fond mémoriel. Le format horizontal permet de déployer l’intensité syncopée de l’inscription. Dans l’ocre, quand le soleil est au plus haut et que le silence atteint son paroxysme, Jean Claude Thuillier laisse le corps des taureaux immobiles inscrire leur présence frondeuse et servir de fond aux déplacements aériens des oiseaux. Sur une autre surface de format carré, la main de l’artiste semble poussée par les forces élémentaires de leur cavalcade joyeuse au milieu des corps et de rugissements. Dans ce laisser faire abandonné à l’animal, dans le choix azuré de la transparence, Jean Claude Thuillier atteint les limites extrêmes d’un minimalisme pictural.

Les estampes exposées ici suivent le chemin apaisé cadré par la technique de la gravure sur zinc ou sur bois. Le choix de pigments primaires rappellent la fascination du peintre pour le préhistorique particulièrement prégnant dans le Quercy. Grâce aux impressions successives de plaques différentes sur le même papier, il renoue avec la peinture pariétale où la superposition de griffures étaient les signes du passage de l’humain vers le sacré. Mais l’artiste délaisse parfois le réel inspiré par les rythmes lumineux et l’alternance des stases pour les mythes antiques qui hantent l’humanité. La série Europe par exemple se présente comme un ensemble de neuf estampes de facture narrative dont les formes et les coloris bleutés ne sont pas sans évoquer le travail d’Alechinski.

Depuis son installation dans le Quercy, Jean Claude Thuillier s’est peu à peu affranchi des ciels sombres du Nord pour adhérer à une poétique topographique plus libre à l’écriture délicate, transparente et disséminée. Ses peintures et gravures les plus récentes exposées à la galerie Sépia ce printemps 2014 marquent ainsi un tournant formel fondamental dans une recherche picturale inspirée par l’éblouissement de la lumière et les variations d’une vibration spatiale en étroite affinité avec le lieu et l’espace. »

Marie Cordié Levy, docteur en histoire de l’art Août 2013