Denis BLONDEL

Prix Aralya / Figuration Critique 2017

Portrait d'une humanité désenchantée ou portrait désenchanté de l'humanité...

Je peins parce que je suis en colère...Je peins parce que je suis pessimiste...parce que je suis triste...Je peins  parce que parfois il fait nuit à 5h et qu'il pleut ...

D'aucuns disent que mes sujets sont noirs mais le traitement lumineux...Je leur dis que je suis un pessimiste optimiste, que j'ai le désespoir gai,la tristesse lumineuse, la mélancolie radieuse....

Je dirais de ma peinture qu'elle est engagée, pas forcément politiquement mais humainement...

Je peins la vie , enfin j'essaie. Le monde actuel ne me plaît pas ...même si parfois, ici ou là, il y a une petite lumière qui s'allume.

Je peins des écorchés... dans un monde abîmé...

Je peins les "sans dents"  les démunis, les plus faibles, les laissés pour compte …

Mes personnages sont nus, démunis, fragiles comme au premier jour,parfois rafistolés,parfois recousus.... Ils n'ont rien ,ils sont démunis...

La matière épaisse collée sur les toiles à la spatule de chantier donne vie au personnage. Ils sont gorgés de sang comme les moustiques que l'on écrase. Ils sont gros , remplis du vide de leur existence …. La chair palpite, part en lambeaux parfois,pendouille

Je peins les hommes que la vie tabasse, je regarde ce qu'il y a derrière le portrait....perte de répères, d'emploi, blessures, solitude....la liste est longue .De la matière va naître le visage,le corps boursouflé souvent...Aller derrière la peau, lire l'histoire....Aller au delà du visage...entrer dans la chair, dans la vie qui palpite derrière, qui a laissé des traces , écrit sur les rides comme sur des lignes...dire la vie qui cogne, jamais à court d'idées pour ça...dire la solitude, la perte d'identité, la difficulté d'être, dire la chair meurtrie ...dire l'humanité embarquée sur un radeau frêle et qui s'interroge, regarde en haut  puis baisse la tête , vaincue. Dire les masques que l'on porte, qui collent à la peau, la chair qui vient quand on les enlève. Mes personnages sont dubitatifs, se demandent ce qui se passe...Ils semblent inadaptés au monde qui les entoure..Ils ont peur, de l'inconnu, de l'autre....

Certains se fondent dans le décor, le fond fait partie d'eux comme si ils disparaissaient...Dans un monde de plus en plus moche, la beauté devient une obligation   mais mes personnages ne sont pas beaux selon les canons en vigueur ou rendus laids peut-être...La folie n'est jamais loin, l'enfance non plus, la comédie est proche...Ils sont parfois cruels comme peut l'être la vie....

Puis peindre, c'est retrouver le petit garçon qui jouait seul, assis par terre, à construire des maisons forestières, fier

Je mets tout ça dans ma peinture, j'essaie.

Je peins l'âme humaine...Finalement...Dans sa noirceur, dans sa lumière ...dans sa complexité.  

 

 

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