Christophe BLANC

Il y eut d’abord des personnages sans âges et sans allure, vêtus de pure peinture et comme nés d’une matière première, minérale, massive, brutale, et couverte d’une apparence pierreuse et moussue. Ambiguïté fusionnelle, archaïque et puissante, de l’art et de la chair. Bloc d’implacable nudité.

Hors tout jeu et toute déduction, apparaît l’humain de souche, universel, anonyme et obsédant. A la fois rustique et maniéré, cet humain est notre contemporain. Innombrable et moche. Ordinaire et prochain.

L’homme Blanc est totalement décanté. Il fait sa demeure d’un fauteuil fatigué. Assis ou vautré, affalé ou dominant. Il toise, il regarde, il est observé. Il stagne. Il donne le change. Il attend la fin de l’attente. Il est sidérant d’immobilité. Le fauteuil a vécu, le fauteuil n’est plus en haut lieu. Plutôt en misère, il végète dans un grenier, ou une cave, ou en vague lieu clos. Loin des bienséances vitales.

Ça ne quitte pas son siège, ça regarde sans fin. Ça consomme du visuel à n’en plus finir, sans doute à n’en plus vivre.

L’homme existe en série. Indéfinis sont ses doubles inutiles. Les paysages strictement humains sont presque effrayants d’être si ordinaires. Le peintre impose au spectateur une dérangeante proximité. L’être trop humain est une masse minéralisée, tachée, entachée des bleus profonds de la vie. L’homme passe partout, écarté du nu féminin, interchangeable, est installé en position frontale.

"J’accuse la perspective, j’accuse la masse des pieds de ces terriens".

Christophe Blanc aime les matières assourdies, presque opaques, la profonde pénombre. Il peint la chair à vif, où s’enfouit l’affect, plutôt que la surface de la peau.

Christian Noorbergen

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